Plymouth, le Mayflower et ce que raconte vraiment 1620

Plymouth est à une heure au sud de Boston. C’est là qu’a débarqué le Mayflower en décembre 1620, et la ville a bâti son identité sur cet épisode. Il vaut la peine de savoir ce que la tradition y a ajouté.
Le voyage
Le Mayflower quitte Plymouth, en Angleterre, le 6 septembre 1620 avec cent deux passagers. Une quarantaine sont des séparatistes religieux, souvent appelés Pilgrims, qui ont déjà vécu douze ans aux Pays-Bas ; les autres sont des artisans et des engagés recrutés par les investisseurs de l’expédition.
La traversée dure soixante-six jours. Le navire vise l’embouchure de l’Hudson mais touche terre bien plus au nord, à Provincetown, le 11 novembre. Comme la destination prévue n’est pas atteinte, la charte devient contestable : les passagers rédigent alors le Mayflower Compact, par lequel ils s’engagent à obéir aux lois qu’ils se donneront eux-mêmes. Quarante et un hommes le signent. C’est le premier texte de gouvernement écrit de la Nouvelle-Angleterre.
Le premier hiver est meurtrier : la moitié des passagers meurent, principalement de scorbut et de pneumonie.
Ce que la légende arrange
Le débarquement sur un rocher n’apparaît dans aucun document contemporain. La première mention date de 1741, cent vingt et un ans après les faits : un ancien de la ville, âgé de quatre-vingt-quinze ans, désigne une pierre en affirmant tenir l’histoire de son père. Le rocher a depuis été déplacé, cassé en deux, recollé, et gravé de la date 1620. Il est aujourd’hui sous un portique de granit, et il est nettement plus petit que ce que la plupart des visiteurs imaginent.
La colonie a survécu grâce à Tisquantum, dit Squanto, un Patuxet qui parlait anglais parce qu’il avait été enlevé et vendu comme esclave en Espagne des années plus tôt, avant de rentrer et de trouver son village décimé par une épidémie. Il apprend aux colons à cultiver le maïs et sert d’interprète avec Massasoit, chef des Wampanoag. Le traité conclu entre les deux groupes tiendra une cinquantaine d’années, jusqu’à la guerre du Roi Philip.
Le repas de la moisson de 1621, devenu Thanksgiving, a bien eu lieu, mais il n’était pas conçu comme une fête récurrente et n’a été rattaché à cette origine qu’au XIXe siècle.
Ce qu’on visite
Le Mayflower II est une reconstitution grandeur nature construite en Angleterre en 1957 et traversée jusqu’à Plymouth. On monte à bord, et on mesure d’un coup d’œil dans quel espace cent deux personnes ont vécu deux mois.
Plimoth Patuxet Museums, à quelques kilomètres, présente côte à côte un village colonial de 1627 et un site d’habitation wampanoag. Les deux sont tenus par des interprètes, avec une différence assumée : les personnes qui présentent le site wampanoag parlent en leur nom propre, comme membres de nations autochtones actuelles, et non comme personnages historiques.
Le Pilgrim Hall Museum, ouvert en 1824, est le plus ancien musée des États-Unis en activité continue. Il conserve des objets ayant réellement appartenu aux passagers, ce qui est plus rare qu’on ne le croit.


