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Histoire

Salem et le procès des sorcières de 1692

La Witch House de Salem, maison du juge Jonathan Corwin
La Witch House, demeure du juge Jonathan Corwin. chensiyuan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Salem est à vingt-cinq kilomètres au nord de Boston, une demi-heure de train depuis North Station. La ville vit aujourd’hui de son passé le plus sombre, et il vaut la peine de savoir ce qui s’y est réellement joué avant d’y arriver.

Ce qui s’est passé en 1692

En janvier 1692, deux fillettes du village de Salem, Betty Parris et Abigail Williams, sont prises de convulsions que le médecin ne sait pas expliquer. On les dit ensorcelées. Sous la pression des adultes, elles désignent trois femmes : Tituba, une esclave de la maison Parris, Sarah Good, une mendiante, et Sarah Osborne, une veuve mal vue.

L’accusation se propage. En quelques mois, plus de cent cinquante personnes sont emprisonnées. Un tribunal spécial, le Court of Oyer and Terminer, est constitué en juin. Il accepte comme preuve ce qu’on appelle le témoignage spectral : l’affirmation par un accusateur qu’il a vu le spectre de l’accusé le tourmenter. Rien de cela n’est vérifiable, et c’est précisément ce qui rend l’accusation impossible à réfuter.

Dix-neuf personnes sont pendues sur Proctor’s Ledge entre juin et septembre. Giles Corey, un fermier de quatre-vingts ans qui refuse de plaider, est écrasé sous des pierres pour l’y contraindre. Il meurt sans avoir cédé. Cinq autres personnes meurent en prison.

Comment cela s’est arrêté

Le revirement vient d’en haut. En octobre 1692, le gouverneur William Phips dissout le tribunal, après que sa propre femme a été mise en cause. Increase Mather, une des voix religieuses les plus écoutées de la colonie, publie un texte où figure la phrase qui fera date : mieux vaut que dix sorcières présumées échappent au châtiment plutôt qu’une seule personne innocente soit condamnée. Le témoignage spectral est écarté. Les procès qui suivent aboutissent presque tous à des acquittements.

En 1697, la colonie décrète une journée de jeûne et de repentance. Douze jurés signent une déclaration reconnaissant leur erreur. Samuel Sewall, un des juges, se lève dans son église de Boston et fait lire publiquement sa confession. La réhabilitation des dernières condamnées ne sera achevée qu’en 2001, par un vote de l’assemblée du Massachusetts.

Ce qu’il reste à voir

La Witch House est la seule construction encore debout à avoir un lien direct avec les procès : c’était la maison de Jonathan Corwin, un des juges. On y visite un intérieur de la fin du XVIIe siècle, sombre et bas de plafond.

Le Salem Witch Trials Memorial, inauguré en 1992 pour le tricentenaire, est un enclos de pierre où vingt bancs portent le nom d’une victime, sa date et son mode d’exécution. Au sol, des inscriptions reprennent les protestations d’innocence des condamnés, volontairement interrompues à mi-phrase.

Le Peabody Essex Museum conserve les documents judiciaires originaux et possède par ailleurs une des plus belles collections d’art asiatique des États-Unis, héritée du commerce maritime de Salem avec la Chine et l’Inde.

Quand y aller

Le mois d’octobre transforme Salem en fête foraine : la ville accueille des centaines de milliers de visiteurs pour Haunted Happenings, les hôtels affichent complet des mois à l’avance et les files d’attente deviennent décourageantes. Si l’histoire vous intéresse plus que le déguisement, venez au printemps ou en début d’automne.

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